Imaginez. Vacances.
Musique en sourdine je roule vers les Alpes
Marche de bon matin vers les glaciers de la Vanoise
Les cartes IGN me mentent ! Ah ! Ils ont fondu ces glaciers.
Quel est ce bruit ? La mise en place de pompes pour les canons à neige.
Mais ce lac se remplit de sédiments ?
Prévu ! 3000 allers et retours de camions vont le vider en 2007.
Mais si plus de glacier, plus d’eau donc plus de neige par les canons.
On verra !
Et puis on ira skier sous les grands magasins dans les émirats, émission « Là bas si j’y suis » de juin. Même si la température à l’extérieur est de 40 degrés ou plus, il faut bien chasser l’ennui quand on est riche.

Passé 50 ans au grand air ma peau se dessèche.
Vite une crème hydratante.
De quoi des conservateurs et autres parfums chimiques cancérigènes ? Mais ils racontent n’importe quoi à Greenpeace.
Nivéa, Loréal, Carrefour et autres devraient leur faire un procès !
Il n’y en aurait même dans le dentifrice, dans les produits pour enfant !
C’est aussi des métaux lourds dans les poissons de haute mer
Des dioxines dans le lait maternel, molécules cancérigènes produites par l’incinération des ordures ménagères.
Sur toute la planète comme l’indique The Lancet dans le Monde du 11 novembre.

Après cette marche, que vais-je manger?
Des pommes du Chili, du raisin du Cap ?
Quel gâchis de pétrole !
Tais-toi ! C’est le marché, abruti !

J’y comprends rien. La croissance c’est le progrès. Le progrès c’est bon non ?

J’ai des doutes

Ca y est, je l’admets l’école est en échec. Nous avons fait des têtes bien pleines mais pas des têtes bien faites.
Les conséquences globales des OGM, des pesticides, de l’arrosage du maïs ? T’occupe j’ai un problème à résoudre, je suis payé pour ça !
Il fait chaud ! Moi, je vends des clims. Moi, je produis de l’électricité pour ces clims.
La disparition des grands singes ou des ours blancs ? Pas un problème pour un étudiant en véto, au « téléphone sonne » de France inter.
Sur une page agricole de Ouest France dans les années du début de la vache folle, 2 articles séparés : Un article se ventant de la production record de lait d’une vache et dans l’autre la question si l’Europe allait interdire les farines animales pour les herbivores. C’est symptomatique du cloisonnement des labos. On lui tire tellement sur la couenne que la bestiole a besoin de complément protéinique qui pouvait être de la carcasse cuite de mouton.
Je dois augmenter la valeur de l’action. Je ferme des établissements même rentables. Les conséquences sociales ? Pas d’importance.
Tu dois avoir l’esprit d’entreprise ! Moi patron je vends les actions de ma boîte.

Nos premiers de la classe, les bras croisés sont prêts à prendre la relève des bons soldats du marché.

Pour aller où ?
Vers la catastrophe ?
Vers les catastrophes ?
Et catastrophe ou pas il n’y en aura pas pour tout le monde.
Chacun pour soi ! C’est la curée !
200 ans de charbon
60 ans pour le gaz
40 ans de pétrole : tous producteurs de CO2
et 50 ans pour l’uranium, mais son enrichissement et la construction des centrales produisent aussi du CO2

Extrait d’un rapport du Pentagone : « Pénuries de nourritures, baisse de la quantité d’eau douce de qualité, accès limité aux minéraux stratégiques d’abord gérés diplomatiquement devant les urgences se réglera par des conflits ».
C’est déjà commencé : guerre du pétrole en Irak, guerre des gazoducs en Asie mineurs, guerre de l’eau en Palestine, et j’ai oublié les diverses manipulations des gouvernements en Afrique et en Amérique de sud. Et les guerres au Liban et en Israël sont bien des rébellions de pauvres.
Ghettoïsation des pays riches, et des riches dans ces pays.
854 millions d’affamés dans un monde plus riche titrait Le Monde le 31 octobre.

Et tout çà en conséquence et en parallèle de la multiplication des cyclones, typhons, ouragans, fruits des changements climatiques.
Depuis 200 ans on carbure avec production de CO2 et autres gaz à effet de serre comme le méthane.
Pour les USA (changement récents) et les émirats, c’est pas prouvé.
Pendant ce temps les glaciers, les calottes polaires continus de fondre et le Groenland reverdit, réduisant la surface du miroir qui renvoie une partie des rayons solaires vers l’espace.
Une fonte aussi du permafrost pouvant libérer encore du méthane.
Et encore plus de réchauffement.
S’en suivra aussi tempêtes de neige et de pluies verglaçantes en Europe, vent de sable comme dans l’Ouest de la chine, épidémie, réduction de la diversité génétique, déplacement de populations.
Le coût du réchauffement climatique est récemment évalué à 5500 milliards d’euros.

Les scientifiques les plus pessimistes prévoient un ralentissement des courants marins, transformant les climats, et paradoxe, gelant l’Europe de l’Ouest.
Ralentissement jusqu’à l’arrêt et l’inversion des courants verticaux rejetant dans l’atmosphère les hydrates de carbone prisonniers par la haute pression dans les fonds marins provocant une augmentation de la température de plusieurs centaines de degrés.

Même les catastrophes réellement naturelles ont des conséquences catastrophiques par la gestion bassement économique de l’environnement pour le tourisme comme le dernier tsunami en Asie (pèche à la dynamite détruisant les barrières de coraux, diminution des mangroves pour installer les hôtels).

Pénuries et conséquences climatiques nous obligent à revoir notre fonctionnement et notre relation avec les pays pauvres. Sinon pour le maintient de notre confort commence à se dessiner un monstrueux apartheid planétaire.

Comme l’indique Nicolas Ridou dans la décroissance pour tous, si vous lisez son livre vous n’êtes pas normaux : vous appartenez à la minorité de 4% de l’humanité qui a un emploi stable, un accès à la sécurité sociale, qui profite d’une considérable liberté politique et en plus sait lire.
Vous faite en tout cas parti des 20% qui consomme 80% des ressources naturelles. Notre niveau de vie n’est permis que par le pillage des pays du sud.

Pour Pan Yue ministre chinois de l’environnement dans Der Spiegel « le miracle économique va bientôt prendre fin, car l’environnement ne peut pas suivre. Un tiers de notre territoire (la Chine) reçoit des pluies acides, la moitié de l’eau de nos 7 grandes rivières est maintenant inutilisable, ce sont 150 millions d’émigrés écologiques ». Sans parler des conditions d’esclavagisme pour ceux qui travaillent. Dès 14 ans des journées de 15 heures, 7 jours sur 7. Pour un salaire misérable et des conditions de logement qui rappelle chez nous le 19ème siècle. C’est ça ou rejoindre les 300 millions de chômeurs prévus dans les 10 ans à venir selon les autorités chinoises. En délocalisant on n’exporte pas notre bonheur.
On exporte aussi comme autre malheur nos méthodes d’agriculture intensive. Aujourd’hui, en Inde où ils se sont mis à appliquer ces méthodes, ils mangent moins et moins bien qu’il y a 50 ans. Un paradoxe pour un miracle économique !

Dans les pays riches les classes moyennes voient leur effectif diminué. Or, ces classes sont les piliers du régime démocratique.
Le développement économique et la richesse matériel sont des phénomènes réservés à une élite très minoritaire sur la planète.
Nous avons mis 50 ans pour urbaniser en zones spécialisées et maintenant nous nous trouvons dans les embouteillages à 17h00 entre les zones industrielles, commerciales et d’habitation. Nous pouvons mettre moins de 50 ans pour revenir à une urbanisation humaine.
Le transport individuel motorisé est une catastrophe pour la biosphère.
En flattant notre individualisme les rois de l’industrie et de la finance nous ont incités à consommer de la voiture et du pétrole. L’énergie au sens large dépensée pour la voiture aurait été plus économique, sociale et écologique en la dépensant dans des transports collectifs efficaces et étendus.
La voiture c’est 30% du budget des ménages français. Et une efficacité peu probante avec une moyenne de 16,6 km/h en ville. Et comme l’a calculé Jean-Pierre Dupuy, ingénieur des mines et polytechnicien, si l’on tient compte du temps passé à travailler pour financer la voiture, additionné au temps nécessaire pour se déplacer avec celle ci, la vitesse moyenne tombe à 6km/h.
Ne croyez pas que le transport collectif en avion de ligne est plus économique en consommation et pollution. C’est identique pour chaque passager. Quand vous faites 10000kms en avion, vous faites donc 10000 kms en voiture.

Et sommes-nous heureux ? Nous sommes les premiers consommateurs de psychotropes et antidépresseurs. L’équation « consommation = qualité de vie » montre ses limites. Faut-il parler de biens de consommation ou de biens de consolation ?
Notre logique est AVOIR/FAIRE/ETRE : ha si j’avais ceci, alors je ferais cela et je serai heureux.
Il convient plutôt d’ETRE présent au monde et en particulier aux autres ce qui conduit à FAIRE des actions justes, qui peuvent nécessité d’AVOIR des objets. Le développement humain et spirituel ne passe jamais par l’abondance des biens matériels, mais bien par celle des biens relationnels.

Pour le développement de tous les peuples, pour la bonne santé de la planète et pour la démocratie nous devons revoir notre consommation à la baisse. Vous pouvez appeler ceci décroissance ou acroissance (comme athéisme) mais n’ayons pas peur du mot décroissance elle a déjà commencé par la multiplication des travailleurs pauvres et l’attaque contre les services publics.

Les partis institutionnels doivent abandonner la revendication d’une croissance facteur de progrès. Le présent nous démontre le contraire.
Ces partis doivent être courageux et prendre des risques électoraux en changeant de discourt. Les changements ne peuvent pas être qu’individuels, ce serait trop long et peu probant. Nous devons légiférer.
L’écologie devient un sujet à la mode dans les campagnes électorales. Sans globalité, sans remise en cause des pouvoirs.
Dichotomie dans l’information. D’un coté les problèmes environnementaux et de l’autre les querelles politiques. Un hebdo titre « Réchauffement climatique : et si c’était pire ? » et la journaliste se demande « mais que font les gouvernements mondiaux », sans interpeller le gouvernement de son pays. Une émission sur France-Inter sur le succès des compagnies low-cost et ensuite pendant le journal des nouvelles sur les déraillements de l’environnement.
L’insulte, comme dans le Monde du 30 juillet où Monsieur Pierre-Antoine Delhommais considère la décroissance comme une lubie de gosses de riche parfaitement égoïstes, est inutile. Les faits sont têtus.

Bon ! La décroissance comment ?
Abandonnons la ploutocratie en retirant le pouvoir aux riches, laissons leurs des os à ronger, le cours par exemple des consoles de jeux et les plages de Californie.
N’opposons pas décroissance et croissance, sinon nous devrons dialoguer avec les économistes, spécialistes des solutions aux problèmes passés. Leurs lois pour certains sont quasi cosmiques, elles s’imposent à l’homme, qui ne peut que les accepter. Pour Alain Minc « ce n’est pas la pensée qui est unique, c’est la réalité ». Un autre économiste Kenneth Boulding nous prévient avec humour : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou ou un économiste ».
Ne laissons plus les lobbies industriels dicter les lois et règlements à Bruxelles.
Faisons payer au carburant l’impact écologique de son utilisation. Les crevettes du Danemark sont décortiquées au Maroc et réexpédiées au Danemark. Les ingrédients d’un yaourt aux fraises font 3500 kms avant d’être conditionnés.

Réfléchissons et soyons utopiques.
Jean-Claude Besson-Girard dans Decrescendo cantabile propose une austérité joyeuse et volontaire où la poésie et l’art retrouveront leur place. Il est vrai qu’il n’y a pas de progrès dans l’art.

decrescendo

http://parangon.atheles.org/lapresdeveloppement/decrescendocantabile

La réflexion est esthétique, la visée humaniste. Il s’agit de retrouver la dimension poétique de l’existence humaine en substituant aux visés totalitaires du marché les perspectives émotives de l’option artistique. Une conversion du regard de l’économie vers l’esthétique peut assurer l’avènement d’une civilisation fondée sur la décroissance.
Pour Paul Ariès, dans Décroissance ou barbarie, les chantiers de la décroissance sont :
en finir avec l’idéologie du progrès, cette foi béate,
en finir avec la société de consommation, une vie frugale et sobre avec l’amour de la belle ouvrage
en finir avec la société de travail, avec l’aliénation du travail abêtissant
Une relocalisation généralisée.

décroissance ou barbarie

http://golias-editions.fr/article618.html

Il faut aussi pour Paul Ariès réapprendre la nature,
retrouver l’authenticité de la vie,
réinvestir nos corps, le temps, l’espace,
renouer avec l’autonomie,
Pour Nicolas Ridoux dans La décroissance pour tous il ne s’agit pas de mépriser les choses mais de les remettre à leur place. Il site Gandhi : « la civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les limiter volontairement ».

décroissance pour tous

http://parangon.atheles.org/horscollection/ladecroissancepourtous

Il faut retrouver l’esprit des lumières où la volonté humaine a 2 freins pour Tzvetan Todorov commissaire de l’exposition Les Lumières à la BNF :
D’abord l’humanisme : la quête du bonheur remplace la recherche du salut. Toute action humaine a pour but le bien-être de l’humanité.
Et l’universalité : l’humanité devient à la fois la communauté des êtres humains et les valeurs universelles qui la fondent.
Si une action ne sert pas les intérêts de l’humanité, cette action doit être abandonnée.

Cessons d’être des prédateurs, entrons dans l’humanité.

Le temps du monde fini commence.

septembre 2006