Une édition de qualité où l'on trouve, je pense, la plupart des ouvrages de George Orwell :

éditions ivrea - Champ libre

Par leurs choix, du papier, de la mise en pages, du format rendent la prise en main et la lecture agréable. La qualité de ces ouvrages ne peuvent qu'être utile pour la diffusion de ces textes importants dans la connaissance des liens et tiraillements politiques intemporels.

Une autre source pour d'autres textes et analyses, les éditions AGONE

Le quai de Wigan

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Deux principales parties dans cet ouvrage. D'abord il décrit les conditions de travail et de vie des mineurs dans le nord de l'Angleterre, ensuite la situation des mouvements et partis politiques de luttes sociales et les risques nazi-fascistes d'avant guerre.

Quelques citations et observations (pagination de l'édition Ivrea) :

Pages 56-57 «Il se sent le jouet d'une mystérieuse autorité supérieure qui l'entretient dans la conviction bien ancrée qu'«on» ne le laissera faite ci ou ça. ... Je demandais pourquoi ils ne constituaient pas un syndicat. Ils me répondirent qu'«on» ne le leur permettrait jamais. Qui est ce «on» ? ... Personne ne put me fournir de réponse. Mais apparemment ce «on» était tout-puissant.»

P58 Dans les maisons des mineurs construites pour les loger «... personne n'imaginait qu'un mineur puisse avoir envie de prendre un bain.»

P85 Déjà des manipulations sur les chiffres du nome de chômeurs.

P95 En 1937 la guerre comme solution pour effacer misère, chômage et risques de révoltes !

P97 Vision des chômeurs responsables de leur situation ... fainéants ... parasites ...

P122 La laideur apportée par l'industrialisation sans éthique ; la «noire fabrique de Satan» d'Aldous Huxley.

P126 Vision des «autres» par une certaine propagande anglaise : «... vivre et ne rien faire au milieu des olives, des vignes et des vices.»

P180 Pillage des colonies : pour «jouir d'un certain confort, il faut impérativement que cent millions d'Indiens vivent continuellement au bord de la famine» pour «déguste[r] une assiette de fraises à la crème».

P196 et 206 Il y va un peu fort sur ses descriptions des militants travaillistes ou autres communistes. Pourquoi ce mépris pour ces apparences. Y voit-il une contradiction entre des revendications sociales et les habitudes alimentaires et vestimentaires ?

P200 et ailleurs «... l'aspect philosophique du marxisme, avec sa mystérieuse trinité thèse-antithèse-synthèse».

p211-212 concept de socialisme indissociable du concept de machinisme qui «exige ... une intercommunication constante et un échange perpétuel de marchandises entre les différents points du globe.»

P212-213 Vision pour certains du socialisme de demain tout compte fait comparable au capitalisme d'aujourd'hui. Un messianisme par le progrès technique.

P229 «A l'image de la drogue, la machine est utile, dangereuse et créatrice d'habitudes. Plus on s'y adonne, plus son emprise se fait tyrannique.»

P229 Déjà à l'époque des pommes d'Australie standardisées et insipides.

P233 Le roi de Brobdingnag est un personnage du roman Les voyages de Gulliver de Jonathan, Swift.

Hommage à la Catalogne

« J’étais venu en Espagne dans l’intention d’écrire quelques articles pour les journaux, mais à peine arrivé je m’engageai dans les milices, car à cette date et dans cette atmosphère il paraissait inconcevable d’agir autrement. Les anarchistes avaient toujours effectivement la main mise sur la Catalogne et la révolution battait encore son plein. Sans doute quiconque était là depuis le début devait avoir l’impression, même déjà en décembre et en janvier, que la période révolutionnaire touchait à sa fin ; mais pour qui arrivait alors directement d’Angleterre, l’aspect saisissant de Barcelone dépassait toute attente. C’était bien la première fois dans ma vie que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière était en selle. A peu près tous les immeubles de quelque importance avaient été saisis par les ouvriers et sur tous flottaient des drapeaux rouges ou les drapeaux rouge et noir des anarchistes ; pas un mur qui ne portât, griffonnés, le marteau et la faucille et les sigles des partis révolutionnaires ; il ne restait de presque toutes les églises que les murs et les images saintes avaient été brûlées. Ça et là on voyait des équipes d’ouvriers en train de démolir systématiquement des églises. Tout magasin, tout café portait une inscription vous informant de sa collectivisation (…). Personne ne disait plus Señor ou Don, ni même Usted ; tout le monde se tutoyait, on s’appelait « camarade » (…) Et le plus étrange de tout, c’était l’aspect de la foule. A en croire les apparences, dans cette ville les classes riches n’existaient plus. A l’exception d’un petit nombre de femmes et d’étrangers, on ne voyait plus de gens bien mis. Presque tout le monde portait des vêtements de prolétaires, ou une salopette bleue, ou quelque variante de l’uniforme de la milice. Tout cela était étrange et émouvant. Une bonne part m’en demeurait incompréhensible et même, en un sens, ne me plaisait pas ; mais il y avait là un état de choses qui m’apparut sur-le-champ comme valant la peine qu’on se battît pour lui. »

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La participation d'Éric Blair à la guerre civile espagnole en 1937 et son témoignage sur la lutte des communistes contre les militants et combattants du POUM dans Barcelone.Il en a rapporté un dégout des dictatures. Quoique en pense certains il est resté sur ses convictions du rejet des injustices sociales et un amour de l'humanité sans exclusive.

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Les derniers mots : "Ici, c’était toujours l’Angleterre que j’avais connue dans mon enfance : des talus de voie ferrée enfouis sous l’exubérance des fleurs sauvages, des prairies profondes où de grands et luisants chevaux broutent et méditent, de lents cours d’eau frangés de saules, les vertes rondeurs des ormes, les pieds-d’alouette dans les jardins des villas – et puis ce fut la morne immensité paisible des environs de Londres, les berges du fleuve boueux, les rues familières, les affiches parlant de matches de cricket et de noces royales, les hommes en chapeau melon, les pigeons de Trafalgar Square, les autobus rouges, les agents de police bleus – tout cela plongé dans le profond, profond, profond sommeil d’Angleterre, dont parfois j’ai peur que nous ne nous réveillions qu’arrachés à lui par le rugissement des bombes."

Georges Kopp son ami belge s'en est quand même tiré : Georges_Kopp