Un roman pour se mettre dans le contexte http://leclanspinoza.com/

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4e de couverture :«Le Clan Spinoza mobilise toutes les ressources du roman pour faire renaître le monde dans lequel a vécu Bento de Spinoza, entre Amsterdam et La Haye, dans cette Europe du xviie siècle qui a vu l’avènement de la Raison Moderne. Il célèbre les aventures de ceux qui partirent à la conquête de la liberté, hommes et femmes oubliés par l’Histoire et pourtant hauts en couleurs. Parmi eux, Saül Levi Morteira, grand rabbin de la communauté juive d’Amsterdam ; Adriaen Koerbagh, encyclopédiste en avance d’un siècle sur son temps ; Franciscus Van den Enden, activiste farouchement opposé à Louis XIV ; Sténon, anatomiste de génie… Suivant les destins capricieux des familles, des amours, des amitiés et des idées, ce livre foisonnant, original, palpitant, dessine la figure inédite d’un Spinoza « en réseau ». Grâce à lui, l’éclat de la philosophie, au lieu de nous aveugler d’admiration pour l’un de ses plus grands auteurs, nous aide à mieux comprendre ce qu’est le monde – le sien, le nôtre – et même ce que signifie… comprendre.»

Les bonus en pdf épilogue, prologue et passage à l'action (thèse à Lyon)

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«Au départ, Le Clan Spinoza comportait un prologue et un épilogue devant mettre en scène les choix qui ont déterminé l’écriture du livre. Il nous a finalement semblé que les lecteurs apprécieraient des explications plus simples, plus claires. Mais parce que la comparaison avec la version finale de ces textes contribue à montrer comment le sérieux universitaire et la fantaisie littéraire peuvent être traduits l’un dans la langue de l’autre, nous publions ici ces brouillons étranges, qui mettaient en scène l’auteur afin de replier l’univers du livre sur la recherche contemporaine ainsi qu’une présentation par M. Rovere de son premier travail sur Spinoza.»

Le Clan Spinoza

Quelques idées repérées dans ce livre, de ou par Spinoza.

Je ressens, après lecture, la fin du XVII siècle comme une période où les sciences prennent leur autonomie vis à vis de la métaphysique mais où encore les scientifiques échangeaient, plus qu'en aparté, sur cette métaphysique. Leurs découvertes pouvaient-elles être compatibles avec la vison du monde déiste ?

Dieu philosophiquement ?
Page 223 «… l’Existence est absolument infini, elle ne peut ni apparaître ni disparaître, et la chaîne infinie des causes est tout simplement inconcevable sans elle. … on ne peut pas séparer le verbe et le nom : Dieu et exister sont deux termes qui signifient la même chose … ceux qui le pensent indémontrable ne savent tout simplement pas ce que c’est.»
Puis suivent les absurdités attachées au mot dieu.
p 224 « … pourquoi garder ce mot … pour parler de l’essence de l’existence ? … ce terme bénéficie de propriétés sémantiques hors du commun. … le mot Dieu permet de désigner l’infini désordonné de la nature comme la puissance d’un seul et même Être. ...»
p 225 «… Dieu est difficile à concevoir dans l’abstraction pure … Lorsqu’on rapporte ces émotions [diverses observations de la nature] à une seule et même puissance, le mot Dieu se met à résonner curieusement en nous ; … cette divine unicité que nous reconnaissons dans le chaos … n’est que le reflet de nous-mêmes ; mais … nous n’existons pas avant de nous y reconnaître.»
p226 « … Dieu est une chose trop importante pour être abandonnée aux religieux.»

Passivité dans la compréhension
p261 « ...l’esprit humain reçoit passivement la lumière de la vérité. Ce n’est pas nous qui pensons … mais Dieu qui pense à travers nous. … on ressent une sorte d’allégresse lorsque l’on comprend soudain quelque chose, c’est que l’esprit fait preuve d’une délicieuse dépossession : il se laisse porter là où le mène le vent de l’infini ... »

Intérêt du format mathématique :
page 269 « … le format mathématique donne à la philosophie l’aspect d’un ensemble d’abstractions parfaitement autonomes, qui ne présupposent rien. … Le dispositif hypothético-déductif donne l’illusion que la raison est sans passé, comme si rien dans le monde n’avait jamais été écrit. … ce départ absolu est une fiction, mais cette fiction permet de réfléchir beaucoup plus vite. »

Philosopher ?
Page 303 « … l’un des principes fondamentaux de la philosophie est celui de L’ABSTRACTION. Si l’on ne fait pas l’effort de réfléchir dans un repère clairement (donc abstraitement) défini, si l’on sort de ce repère de validité chaque fois qu’apparaît la possibilité d’un embranchement existentiel, il devient impossible d’utiliser la Raison. Même « pratique », la Raison ne peut pas embrasser les problèmes de l’existence tels qu’ils nous arrivent, parce que l’inextricable épaisseur humaine en rend les paramètres trop imprécis. … « Prétendre pouvoir tirer de l’observation de la suite des chose l’ordre des causes qu’il est nécessaire de concevoir est une entreprise désespérée. » .La philosophie ne peut pas être … hantée par les soucis qui se posent dans la vie. Le témoignage de la conscience emporte avec lui trop de convictions d’origine incertaine, non dites, inexpliquées. Pour que la philosophie traverse et modifie nos conceptions, il faut accepter de rompre avec l’apparent concret du vécu, se rendre capable de penser à rebours de tout ce que l’on a jamais pensé. Penser contre sa propre expérience, comme ses propres convictions, c’est d’ailleurs l’une des choses que l’abstraction rend plus faciles. » … « ...malgré de longues années d’étude et son habileté conceptuelle, le philosophe n’est pas un savant. Il ne découvre la vérité qu’à chaque fois qu’il trébuche. » ... « … « Même si un jour les fruits que j’ai récoltés jusqu’ici de mon intellect naturel, je m’apercevais qu’ils sont faux, cela me rendrait heureux!Dés lors que je franchis une nouvelle étape. » »

p317 « … il est nécessaire de faire la distinction entre l’intellect et l’imagination … La différence entre imagination et intellect lui a toujours semblé une évidence, un point de départ fondamental pour aborder la philosophie » Pour se débarrasser de l’intellect il faut passer par l’intellect comme se déraciner après s’être bien enraciné. Pour arriver au 3e genre de connaissance il faut passer par le 2e, ou je n’ai pas compris.

P329 Maxime Rovere ne partage pas le point de vue de Jonathan Israel sur un front uni qui aurait été la source des Lumières radicales et qui aurait abouti au radicalisme de la Révolution de 1789. Lumières fondamentalement différentes de Voltaire et compagnie refusant aussi les abus de pouvoir dont celui du clergé mais ne remettant pas en cause l’organisation sociale de l’ancien régime. Pas de front uni, pour Maxime Rovere ça partait dans tous les sens.

P360 un mot inhabituel « Ipstance ». Pas de signification trouvée dans les moteurs de recherche. Il est fort Rovere. Ipse en latin signifie « soi-même », lu dans le Gd Dictionnaire Philosophie Larousse (vive le papier). Trouvé quand même un extrait de Spinoza et son cercle: étude critique historique sur les hétérodoxes hollandais par Koenraad Oege Meinsma page 277.

ipstance

J’en déduis que c’est une substance qui se génère par elle-même.

P360 et 361 Où il ne fait pas bon de jouer avec les croyances dans cette république des Pays-bas du nord. Par ses écrits Koerbagh est considéré coupable de blasphèmes et de propagation de blasphèmes. Condamné il meurt suite aux conditions difficiles, humidité, travaux forcés, que subissent les prisonniers. Il ne faisait pas bon de renier la « sainte » trinité.

P402 «… passion et action ... une action est une opération qu’on accomplit en sachant ce qu’on fait et une passion une opération que l’on fait sans comprendre. Autrement dit, ce n’est pas parce que nous sommes des agents d’une opération que nous en sommes réellement les sujets. … «ce dont tu ignores comment cela se fait, ce n’ai pas toi qui le faits ». »

p402 «… l’humilité n’est que pure ignorance de soi ; c’est l’amour de soi la vertu suprême ». Oui peut-être s’il n’y a pas recherche de pouvoir ou si l’arrogance et la suffisance sont absentes. Ou il confond humilité et dévalorisation de soi. (c'est peut-être un problème de traduction ?)

403 Conatus l’effort. Un invariant en mathématique. C’est statique, non ?

403 L’imagination ?

420-421 La tyrannie française. Le duc de Luxembourg allié à Louis XIV détruit des villages, tue les habitants comme le pratiqueront les dragons en Bretagne 3 ans plus tard en 1675, monstruosités rapportées avec joie par la comtesse de Sévigné.

massacre en hollande

La répression en Bretagne contre la révolte du papier timbré dite des bonnets rouges

” Ils s'amusent à voler, ils mirent l'autre jour un petit enfant à la broche. Toutes ces troupes de Bretagne ne font que tuer et voler” (Madame de Sévigné, décembre 1675) http://revolte-papier-timbre.com/revolte/repressio...

« On a pris soixante bourgeois ; on commence demain à pendre. Cette province est un bel exemple pour les autres, et surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernantes, de ne leur point dire d’injures et de ne point jeter de pierres dans leur jardin. » (Lettre à Mme de Grignan du 30 octobre 1675). http://ecrivaines17et18.e-monsite.com/pages/17e-si...

426-427 L’Éthique comparé à un bateau : « … le bâtiment de l’Éthique craque, crisse, tangue et ne cesse d’imprimer à l’esprit un mouvement irrésistible. … L’analyse des affects est particulièrement propice à la houle. … »

427-428 et impression sur les affectes : « ...plus on comprend le fonctionnement d’un affect moins on le ressent. Comment se fait-il qu’en poussant l’analyse, l’esprit détruise ce qu’il étudie ? … les affects pensent seuls... »

… 455 Fin de la révolte contre Louis XIV le despote par la décapitation des nobles et la pendaison du roturier. https://fr.wikipedia.org/wiki/Complot_de_Latr%C3%A9aumont

496 « ...l’origine des corps c’est à dire … l’origine des variations dans le mouvement… » et des attributs inaccessibles et l’infinité des mondes.

506 « Il serait souhaitable que les philosophes et les historiens renoncent au fétiche coloré d’un Spinoza solaire, ... »

511-512 La démocratie. Maxime Rovere a-t-il donc écrit le chapitre qui manque sur la démocratie dans le Traité Politique ? « … il n’existe pas de peuple uni, mais seulement une « multitude » où des êtres aux dispositions diverses sont traversés par des passions contradictoires. … un état ne suffit pas à garantir la paix … mettre en place, en contrepoids, une participation des citoyens au collectif qui soit la plus grande possible … leurs passions seront intégrées au fonctionnement de la collectivité. … un état où les dirigeants doivent être honnêtes … bienveillants n’est pas … un état en bonne santé [!] … peu importe … pourvu qu’ils [les dirigeants] soient contraints de bien agir … de respecter les lois et d’assurer la concorde de toute la société. »

516-517 Comprendre : « Au cours d'une existence humaine, on suit le plus souvent [des] règles sans les comprendre ; mais il arrive aussi qu'on en comprenne un petit segment, un tout petit rapport de proportion, un lien local, partiel, d'une cause à un effet, ou d'une essence à une propriété. Alors, notre petit esprit humain s'éclaire d'un fragment qui ne peut pas être détruit, parce qu'il est très exactement un fragment d'absolu. Comprendre, c'est précisément entrer dans cette dimension du réel qui ne dépend d'aucune coordonnée spatiale ou temporelle, qui ne dépend d'aucune des différences par lesquelles notre corps, notre esprit se séparent des autres. Comprendre, c'est traverser les modes de la matière et de la pensée, vivre tous les esprits comme une seule pensée, tous les corps comme un seul corps, ne serait-ce qu'un instant. Or cet événement peut devenir régulier à condition de consacrer assez de temps à l'étude de la philosophie. Et plus souvent il se produits moins l'écoulement du temps et les événements de la vie éloignent l'esprit de l'émouvante familiarité du monde. [et changement d’état] Alors, la joie qu'a le philosophe de comprendre se diffuse dans toutes ses relations. Elle englobe, dans l'amour intellectuel qu'il porte à l'existence, les bonnes comme les mauvaises variations de son état. Toute la réalité revêt ainsi un caractère de nécessité, et cette nécessité, en atténuant les frontières de l'individu, l'apaise et l'emplit de bienveillance. De cette manière, lorsqu'il devient capable d'exister presque à tous les instants, toujours semblable et toujours différent de lui-même, cette existence cesse déjà d'être seulement la sienne. Exister en ce sens, ce n'est plus être moi, toi ou elle, mais devenir l'expression d'une substance unique, infinie et indivisible. Dans le hors temps de cet amour, être ou ne pas être devient indifférent. »

Bon je continue à m’accrocher à la vie où je ne suis pas encore hors du temps et des autres ?

Janvier 2018