Heidegger et Eliade

Les prédateurs et autres nazis écrasent-ils leur Être par leur SurMoi ?

Heidegger

On s’est beaucoup posé de questions autour de l’Être, qui n’est pas l’étant mais peut être l’étant le là, le deizen de Heidegger! Pour moi c’est du verbiage et ceci le restera peut-être !
Mais est-ce raisonnable de suivre Heidegger dont l’excroissance du cerveau provoqua un gonflement de l’égo, du Moi prédateur où l’autre n’est qu’un objet. Pensée s’appuyant sur une pseudo spiritualité païenne agricole, pure car première. Pensée éliminant toute humanité qui ne rentrerait pas dans ces critères néolithiquo-celto-germano-européenne ... ne rentrerait pas dans ces critères par sa culture et ses coutumes disons « exotiques », comme par exemple les gitans ou les juifs.
Le bon terrien européen syncrétique contre le sémite ou le nomade.
Jean-Pierre Marchand dans son blog du Monde, intitulé « Le phiblogZophe », nous cite Heidegger qui s’exprimait ainsi à 27 ans le 18 octobre 1916 dans une lettre à sa fiancée Elfride : "L’enjuivement de notre culture et des universités est en effet effrayant et je pense que la race allemande devrait trouver suffisamment de force intérieure pour parvenir au sommet ".
Il est vrai qu’il a couché plus tard avec son élève Hannah Arendt, mais soit il ne savait pas que les 4 grands-parents de cette dernière étaient juifs, soit il a pris un bon bain après, parfumé à l’eau de javel.

Heidegger ou la compromission de la philosophie par Alain Policar

« ... dénonciation qu’il s’agit : celle des diverses catégories d’heideggériens qui cherchent encore, ... à éviter le naufrage du « prophète ». ... la séparation entre le recteur nazi et le philosophe du Dasein est au mieux un non-sens mais plus certainement une faute morale d’une extrême gravité. Or c’est cette faute qui fait l’objet d’un invraisemblable déni.

Ce dernier touche des philosophes aux engagements politiques extrêmement divers : certes François Fédier et Jean Beaufret, thuriféraires patentés que rien ne saurait troubler, mais également, dans une sorte d’inventaire à la Prévert, Badiou, Vattimo, Trawny, Finkielkraut, B.-H. Lévy, Agamben, Cassin, Derrida, Nancy, Lacoue-Labarthe, Negri, Zizek, Blanchot, Lyotard, Rorty, Safranski, Salanskis, France-Lanord, Romano… ... ce que pratiquent les heideggériens, ..., c’est « l’art de ne pas lire ». Comment sinon expliquer qu’il ait fallu attendre la publication des Cahiers noirs pour voir quelques apologistes troublés admettre enfin (pour certains d’entre eux) l’antisémitisme du Maître qu’ils n’avaient pas perçu dans les 93 volumes précédents 1 ? La thèse de l’erreur de jugement temporaire (celle également invoquée pour sauver Carl Schmitt de l’opprobre), qui justifiait l’intenable séparation entre, d’une part, les cours et discours militants et, d’autre part, les textes fondateurs, a désormais vécu.

... Heidegger, ce dernier incitant à une lecture ésotérique et déclarant « ne rien pouvoir pour ceux qui ne comprenaient pas l’intention première malgré les réécritures » (p. 71). Il ajoutait que « le plus grand danger pour la Pensée est la tentative de se faire comprendre » ... F. Rastier souligne que si Sein und Zeit (1927) évoque des thèmes traditionnels en philosophie (ontologie grecque ou phénoménologie de la quotidienneté), Heidegger, membre actif d’une société ésotérique catholique, la Ligue du Graal, emploie des mots cryptés, des néologismes jamais définis et agissant comme des symboles inexpliqués, et utilise des procédés de dissémination et d’équivoque. Et ce discours prophétique... se présente comme une réaction contre le prophétisme juif : « La prophétie est la technique du rejet du destinal dans l’histoire. Elle est un instrument de la volonté de puissance. Que les grands prophètes soient Juifs est un fait dont le secret n’a pas encore été pensé ».(Heidegger cité par Rastier, p. 31) La légitimité, voire la nécessité, de ce « pathos prophétique » se fonde sur la transformation d’événements politiques, tels la venue du IIIe Reich et l’extermination des juifs, en événements théologiques : « Dans son catastrophisme, Heidegger prophétise ce qui vient d’advenir, en recodant les événements dans l’Histoire de l’Être – ou en agitant des menaces : ainsi la technique (enjuivée) qui menace de faire “partir la terre en fumée” (selon Trawny) » (p. 33). Ainsi le changement purificateur aura lieu, l’humanité actuelle, dans un grand mouvement de restauration apocalyptique, sera remplacée par une humanité nouvelle. On songe ici à l’expression fortement suggestive de Saul Friedländer parlant d’« antisémitisme rédempteur » pour qualifier l’antisémitisme nazi. Le Führer, pour Heidegger, est celui qui libère de la dépossession, qui permet la « restitution de l’Étant » et inaugure un « autre commencement » où « la force de l’essence non encore purifiée des Allemands est capable de préparer dans ses fondements une nouvelle vérité de l’Être »2.

La promesse prophétique

Le corpus canonique ne peut donc plus être lu sans les textes qui leur sont contemporains (de 1930 à 1970) et qui « utilisent le même langage, exploitent les mêmes thèmes, mais en ajoutant ce qu’ils taisent ou en reformulant plus clairement ce qu’ils voilaient » (p. 71). Les Cahiers noirs ne font que révéler la promesse prophétique, laquelle n’était jusqu’alors que suggérée. F. Rastier insiste justement sur l’aspect délirant du prophétisme heideggérien, celui-ci prêtant une puissance surnaturelle aux noms débutant par la lettre H, et annonçant le caractère historique de l’année 2327 (400e anniversaire de la publication de Sein und Zeit). Ce nostradamisme, qui est « la rançon d’une vision du monde qui refuse le principe de réalité pour s’ériger en critère de toute vérité » (p. 47) décourage tout débat philosophique. Au-delà, il légitime le complotisme dont la « logique délirante de métonymie généralisée voit partout le même ennemi, sous des guises diverses » (ibid.). Il entre en congruence avec l’idée que le lecteur de Heidegger doit être pénétré, c’est-à-dire intimidé et soumis : « La lecture n’est pas appropriation critique mais contemplation » (p. 77). Et en effet interprétation et prophétie ne sauraient s’accommoder l’une de l’autre. C’est pourquoi tout est permis, notamment la transformation des bourreaux en victimes. Le premier moment de cette transformation, c’est l’idée que celui qui ne meurt pas de la mort des héros ne meurt pas vraiment 3.

Comme le souligne F. Rastier, Heidegger « brouille le fait historique de l’extermination en concluant que l’homme n’est pas encore le mortel » (p. 96). Ce négationnisme ontologique (selon l’expression d’Emmanuel Faye) renvoie à l’idée que « les Juifs, purs étants erratiques, sont dépourvus de monde propre car privés de racines et cosmopolites, ils restent sans rapport à l’Être » (ibid.). Le second moment, clairement manifeste dans les deux conférences de 1949 (parues en allemand en 1994 mais inédites en français), permet de confondre l’extermination nazie avec la politique américaine (ou russe), thème central chez de nombreux philosophes « radicaux ». Heidegger écrit : « L’agriculture est à présent une industrie alimentaire motorisée ; dans son essence c’est la même chose que le blocus de régions afin de les affamer 4, la même chose que la fabrication de bombes à hydrogène » (cité par Rastier, p. 97). Dès lors, la signification historique de l’extermination est détournée, puisque s’accomplissant dans les malheurs présents des Allemands, « la culpabilité est transmuée en victimisation » (p. 99). Au lieu donc de distinguer, comme l’exige la pensée analytique, « il s’agit ici de confondre tant les formes que les fonds sémantiques et les moments, par l’intervention providentielle d’une identité métaphysique qui réside dans l’Essence » (p. 100). Confusion à laquelle succombe Marcel Conche lorsqu’il écrit : « Le national-socialisme lui-même n’a, comme tel, pas grand-chose à voir avec Auschwitz » 5. ...

L’égarement des apologistes

... la cible principale de F. Rastier est ici clairement désignée : ceux qui méprisent l’argumentation au profit de la recherche du « grand style », ceux qui se proposent de réunifier poésie et philosophie (« au détriment de l’une et de l’autre », note F. Rastier), ...; Gianni Vattimo qui, ..., n’hésite pas à parler de procès de Nuremberg pour évoquer celui intenté à Heidegger, fait de la vérité le mensonge oppresseur d’autorités illégitimes ... et enfin voit Heidegger comme un « antisémite indispensable » 6; Peter Trawny ... s’acharne, comme la plupart des apologistes, à montrer qu’il n’a rien de commun avec le racisme biologique des nazis 7). ...

Il faut avouer que vouloir repérer chez Heidegger une influence juive a été, au mépris du sens commun, défendu par quelques auteurs. Ainsi Marlène Zarader a-t-elle intitulé l’un des ses ouvrages, La Dette impensée. Heidegger et l’héritage hébraïque ... et Pascal David, dans Essai sur Heidegger et le judaïsme, « estime que Heidegger est requis pour la “sanctification du nom” » (p. 151). Comment, note F. Rastier, peut-on oser opérer pareil rapprochement, alors que le judaïsme se veut une religion de l’éthique et que l’œuvre de Heidegger en est spectaculairement dépourvue ?

On voit que la défense de Heidegger se heurte à des apories, lesquelles, avec la publication des Cahiers noirs, précipitent la crise des apologies. On est certes passés du négationnisme à une banalisation de l’antisémitisme heideggérien, le déni absolu étant désormais impossible. Mais ce n’est pas rassurant pour autant, au vu des stratégies discursives utilisées pour « noyer le poisson » (p. 170). Ainsi Barbara Cassin considère qu’après la publication des Cahiers noirs, « la philosophie doit se débrouiller avec ça » (cité par Rastier, p. 172) : la philosophie ou les philosophes heideggériens ? Pour elle, « les philosophes aiment les tyrans, c’est une déformation professionnelle » 9.

Comme le résume F. Rastier, il s’agit, dans ce propos, de compromettre la philosophie pour protéger Heidegger. Un autre exemple effarant est fourni par Jean-Luc Nancy pour qui le jugement moral était une vengeance des vainqueurs de l’hitlérisme : « Nous avons vu se reformer un esprit de croisade où le désir de vengeance se flatte d’agir au nom de la démocratie, du droit et de l’humanisme » ... »

Mircea Eliade

https://assr.revues.org/3128

Michael Löwy juillet 2005

« 1Grâce aux travaux de Leon Volovici et, plus récemment, d'Alexandra Lagniel-Lavastine, le passé fasciste et antisémite de Mircea Eliade est une évidence bien documentée. On sait qu'il a activement sympathisé, dans les années 1930, avec la Garde de Fer roumaine dont il partageait le nationalisme et l'antisémitisme virulents, et qu'il a été nommé, dans les années 1940, par le régime du Maréchal Antonescu – un des responsables de l'extermination des juifs roumains – « Chargé de presse et propagande » auprès de l'Ambassade roumaine au Portugal ; c'est à cette époque qu'il rédige un ouvrage à la gloire du régime corporatiste et fascisant du dictateur portugais Salazar.

2Reste à savoir dans quelle mesure cet engagement politique compromettant – systématiquement occulté par l'intéressé – a pu marquer son œuvre d'historien des religions postérieure à 1945. Une œuvre qui lui a valu non seulement la nomination à une chaire à l'université de Chicago mais aussi une large reconnaissance académique. La thèse proposée par l'auteur de cet ouvrage iconoclaste et décapant est que les deux moments sont inséparables et solidaires : les conceptions du sacré, de l'homo religiosus, des ontologies archaïques, des mythes de réintégration, des sacrifices sanglants, développées par Mircea Eliade dans ses travaux d'historien ne sont que la traduction « historico-religieuse » de ses obsessions politiques antérieures.

3Dans l'un et l'autre cas, et de manière symétrique, on retrouve une célébration de l'autochtonie paysanne, une sacralisation des mondes archaïques ou primitifs, une exaltation de toutes les formes d'élitisme. Son œuvre porte ainsi en elle, transfigurés mais reconnaissables, les principaux thèmes liés à sa fascination pour la violente Garde de Fer roumaine.

4Le rapport à l'antisémitisme est une des principales pièces à conviction de cette démonstration. Dans le premier volume de son Histoire des croyances et des idées religieuses (1976), Eliade se livre à une virulente dénonciation des prophètes juifs de l'Ancien Testament, dont la « férocité », « la sauvagerie », « la violence » et « l'intolérance » ont abouti au déclin de la « religion cosmique » et à la désacralisation du cosmos. Disparaît ainsi de la vie des nations « la joie de vivre, solidaire de toute religion cosmique », qui ne subsiste que chez quelques populations paysannes ou primitives. Les juifs sont ainsi rendus responsables d'une sorte de sacrilège cosmique, de crime métaphysique inexpiable : avoir brisé le cercle magique de l'Éternel Retour, en inventant l'Histoire, source de la modernité et de tous ses malheurs.

5L'auteur ne nie pas que les thèses d'Eliade relatives à l'universalité des images, des mythes et des comportements symboliques adressent à l'anthropologie contemporaine de passionnantes questions. Mais il met en question le caractère scientifique des travaux d'un « historien » qui proclame son refus de considérer le contexte historico-culturel des religions, et qui semble postuler l'existence d'un plan surnaturel et transcendant, supérieur à la réalité, qui se manifeste dans les « hiérophanies ».

6Plutôt qu'historien des religions – c'est-à-dire un chercheur qui se livre à l'examen critique de sources et documents – Eliade appartiendrait à la famille des penseurs ésotéristes de tendance fasciste, tel l'Italien Julius Evola, sur lequel il avait publié dans les années 1930 un compte rendu enthousiaste, le décrivant comme un grand penseur « dans la lignée de Gobineau, Chamberlain, Spengler, Rosenberg ».

7Même si l'on peut objecter ici ou là à la démarche de Daniel Dubuisson – par exemple, lorsqu'il semble suggérer qu'un auteur adversaire du monde moderne, des Lumières, du Progrès, et dépourvu de toute idée de justice, est ipso facto disqualifié comme historien – on ne peut que reconnaître la rigueur et la pertinence de son réquisitoire. »

http://books.openedition.org/pupo/1451

« ... les points de vue dits habituellement « religieux » et « politiques » sont, par Eliade (con)fondus au sein d’une perspective plus englobante, cosmique, au sein de laquelle ils apparaissent tous comme les éléments et les événements centraux d’un vaste drame métaphysique. Dès lors, ils deviennent mutuellement interchangeables et convertibles, mais surtout ils s’affranchissent de nos habituelles considérations morales et humanistes (qu’on les appelle : justice, charité, compassion, amour du prochain, droits sociaux, etc.), ce qui répond exactement à la vision gnostique et fascisante du monde qu’Eliade n’a cessé de répandre sous un habile travestissement « religieux »…